«La cécité n’est plus une fatalité»


INTERVIEW – Le Pr José-Alain Sahel, directeur de l’Institut de la vision, pionnier dans le domaine de la rétine artificielle, revient sur les progrès spectaculaires qui permettent désormais de sauver, voir de redonner la vue à des millions de personnes.

Le Figaro .- On observe de grandes avancées en ophtalmologie depuis quelques années. Peut-on parler d’un secteur en pleine révolution?

Pr José-Alain SAHEL.- Plutôt que de révolution, je parlerais de maturation. C’est l’émergence d’un grand nombre de travaux commencés il y a plus de vingt ans, peu connus du grand public, et qui aujourd’hui arrivent à maturité et à la lumière. C’est une période très enthousiasmante et gratifiante pour tous ceux qui ont mené ces recherches et les avancées sont extraordinaires pour les patients. Pour beaucoup qui perdaient la vue, la médecine, alors impuissante, n’offrait qu’un accompagnement. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Elle peut parfois redonner une partie de la vue.

Les rétines artificielles font partie des innovations les plus marquantes. Mais de quoi s’agit-il exactement, puisque l’on parle aussi d’implants rétiniens et d’œil bionique?

L’œil bionique n’existe pas encore car ce n’est pas l’œil entier qui est électronique, mais une couche de cellules située dans la rétine. Donc, le terme «implant rétinien» est le plus adapté. Aujourd’hui, ce que nous savons faire-cela va évoluer dans l’avenir -, c’est de remplacer en partie les cellules photoréceptrices de la rétine. Ce sont celles qui reçoivent la lumière et la transforment en signal électrique traité ensuite par les neurones de la rétine avant de parvenir, via le nerf optique, aux aires visuelles du cerveau. Dans un certain nombre de maladies, comme la rétinopathie pigmentaire ou la DMLA (dégénérescence maculaire liée à l’âge), ces photorécepteurs dégénèrent et perdent leurs fonctionnalité. Les neurones de la rétine et le nerf optique sont, quant à eux, toujours efficients, mais ils ne reçoivent plus d’informations puisqu’il n’y a plus de transformation de la lumière en signal électrique. L’implant rétinien va donc se substituer à ces cellules photoréceptrices pour percevoir des signaux lumineux et stimuler les neurones rétiniens.

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